J'ai construit un site vitrine complet avec l'IA, sans CMS : méthode, limites, résultat
En janvier, un artisan installé près d'Annecy m'a demandé un site vitrine simple : quatre pages, des photos de chantiers, un formulaire de contact. D'habitude, je pars sur WordPress sans me poser de question. Cette fois, j'ai voulu tester sérieusement autre chose : créer un site avec l'IA, en partant d'une page blanche, sans CMS. Du HTML, du CSS, un peu de JavaScript, et un assistant IA pour écrire le code avec moi. Voici la méthode complète, les coûts réels, les limites que j'ai rencontrées, et le résultat mesuré.
Pourquoi créer un site avec l'IA plutôt qu'avec WordPress
J'ai livré quatorze sites en freelance, la grande majorité sous WordPress. Je ne crache pas dans la soupe : c'est un outil solide. Mais pour un site vitrine de quatre pages dont le contenu ne bougera presque pas, c'est surdimensionné. Une base de données, un thème, des extensions, des mises à jour chaque semaine, des sauvegardes à surveiller : tout cela pèse, et tout cela se paie chaque année, comme je l'ai détaillé dans mon article sur le coût réel de la maintenance WordPress.
Un site statique, c'est l'inverse : des fichiers HTML servis tels quels par le serveur. Pas de base de données à pirater, pas de mise à jour de sécurité, un chargement quasi instantané, un hébergement entre zéro et quelques euros par mois. Le frein, jusqu'ici, était évident : il fallait écrire tout le code à la main, et le moindre ajustement demandait quelqu'un qui sache le faire. C'est exactement ce que l'IA vient bousculer.
La méthode, étape par étape
1. Le contenu d'abord, comme toujours
L'IA n'a rien changé à cette règle : un site sans contenu prêt est un chantier qui traîne. J'ai passé une heure avec le client pour lister ses prestations, sa zone d'intervention, ses photos disponibles. Il m'a fourni des textes bruts, que j'ai retravaillés avec l'assistant en relisant chaque phrase. L'IA reformule bien, mais elle ne connaît ni son métier ni ses chantiers : laissée seule, elle produit un texte générique qui pourrait décrire n'importe quel artisan de France.
2. La structure et la première version
J'ai décrit le projet dans un long message : les quatre pages, les sections de chacune, les couleurs, le ton, la clientèle visée. Premier constat : plus le brief est précis, meilleur est le résultat. Trois lignes de prompt donnent un site quelconque. Une page de brief donne une base exploitable. La première version de la page d'accueil est sortie en dix minutes. Correcte, mais avec ce look passe-partout que produisent tous les générateurs. Il a fallu une bonne série d'allers-retours pour arriver à quelque chose de personnel : typographie, espacements, vraies photos à la place des blocs gris.
3. Le code, page par page
J'ai avancé page par page, en relisant tout. C'est le point que les vidéos enthousiastes passent sous silence : l'IA se trompe sur des détails qui ne se voient pas tout de suite. Chemins d'images faux, balises meta dupliquées, attributs alt oubliés, CSS redondant d'une page à l'autre. Rien de grave quand on sait lire du HTML. Bloquant quand on ne le sait pas. J'ai aussi factorisé ce que l'IA duplique volontiers : un seul fichier CSS partagé, un en-tête et un pied de page identiques partout.
4. Le formulaire et la mise en ligne
Un site statique ne peut pas envoyer d'e-mail tout seul. Pour le formulaire de contact, je suis passé par un service tiers, gratuit jusqu'à une cinquantaine d'envois par mois, largement assez pour un artisan. Pour l'hébergement, les offres statiques gratuites font très bien le travail, HTTPS compris. Reste le nom de domaine, autour de 8 € par an pour un .fr. Et c'est tout.
Les outils et le coût réel
J'ai utilisé un assistant IA généraliste par abonnement, une vingtaine d'euros par mois, résiliable quand on veut. Des outils spécialisés comme v0 ou Bolt sortent des maquettes plus vite, mais je voulais garder la main sur chaque fichier. Voici la facture, hors temps de travail :
| Poste | Coût |
|---|---|
| Abonnement assistant IA (1 mois) | environ 20 € |
| Nom de domaine .fr | 8 € par an |
| Hébergement statique | 0 € (offre gratuite) |
| Service de formulaire | 0 € (offre gratuite) |
| Total première année | moins de 30 € |
La vraie ligne de coût, c'est le temps de travail, j'y reviens plus bas. Pour situer ces chiffres par rapport au marché, j'ai déjà publié une grille de prix honnête des sites internet à Annecy : un site vitrine facturé par un freelance tourne autour de 1 000 à 2 500 €. L'IA ne divise pas ce prix par dix, elle réduit surtout les heures passées sur la partie technique.
Ce que l'IA fait bien, et vite
- Le code de base. HTML propre, CSS moderne, affichage mobile correct du premier coup dans la plupart des cas. Menu mobile, grille de photos, section avis clients : les composants classiques sortent en quelques minutes.
- Les variantes. « Propose trois versions de cette section » : le client a pu choisir entre plusieurs vraies options. À la main, je n'en aurais maquetté qu'une seule.
- Les corvées. Balises Open Graph, sitemap, données structurées pour l'entreprise locale, compression du CSS : tout ce que je faisais à la main est allé trois fois plus vite.
- La reformulation. Partir des notes brutes du client pour en tirer des paragraphes lisibles. À condition de relire et de vérifier chaque affirmation.
Bilan : une douzaine d'heures de travail réparties sur trois soirées, là où j'en aurais passé une vingtaine en codant tout moi-même de zéro.
Les limites, sans enrobage
- Le design par défaut est générique. Sans direction précise, tous les sites générés par IA se ressemblent : mêmes dégradés, mêmes cartes arrondies, mêmes textes creux. Le goût et le brief restent votre travail.
- Il faut savoir lire le code. L'IA se trompe avec assurance. Si vous ne repérez pas une balise cassée ou un lien mort, le site part en ligne avec. Pour un prototype, aucun souci. Pour un site qui représente une activité, c'est risqué.
- Pas de CMS, donc pas d'autonomie. Le client ne peut pas modifier un horaire ou ajouter une photo lui-même : chaque changement passe par quelqu'un qui édite les fichiers. On l'a acté ensemble dès le départ, son contenu ne bouge presque jamais. Pour un site avec actualités ou menu du jour, ce serait rédhibitoire.
- Le référencement reste un métier. L'IA génère volontiers des balises correctes, mais elle ne connaît ni vos concurrents ni les requêtes locales qui comptent. La stratégie, les fiches et les avis, c'est toujours du travail humain.
C'est la même conclusion que dans mon article sur l'IA en PME : l'outil accélère fortement celui qui sait déjà faire. Il ne transforme pas un débutant en professionnel, il rend le professionnel plus rapide.
Le résultat, chiffres à l'appui
Le site est en ligne depuis fin février. Quatre pages, une page d'accueil à environ 300 Ko photos comprises, un affichage complet en moins d'une seconde sur mobile, des scores Lighthouse entre 96 et 100. Aucune mise à jour à prévoir, aucune extension à surveiller, aucune sauvegarde à payer. Coût de fonctionnement : le nom de domaine, 8 € par an.
Pour qui c'est pertinent : un indépendant, un artisan, une chambre d'hôtes, toute activité qui a besoin d'une vitrine propre dont le contenu bouge une à deux fois par an. Pour qui ça ne l'est pas : un site avec un blog actif, une boutique en ligne, ou un client qui veut modifier ses pages lui-même chaque semaine. Dans ces cas-là, un CMS reste le bon choix, et son coût de maintenance se justifie.
Questions fréquentes
Peut-on créer un site avec l'IA sans savoir coder du tout ?
Pour un prototype ou une page de test, oui, et c'est même bluffant. Pour un site en production, je ne le conseille pas encore : il faut pouvoir repérer les erreurs que l'IA introduit, gérer le nom de domaine, le formulaire, les redirections. Sans aucune base technique, vous ne verrez pas ce qui cloche avant vos visiteurs.
Un site statique est-il moins bien référencé qu'un WordPress ?
Non, plutôt l'inverse. Google se moque de l'outil qui a produit la page : il évalue le contenu, la structure et la vitesse. Un site statique bien construit charge plus vite que la moyenne des WordPress, ce qui joue en sa faveur. Ce qui fait la différence, c'est le travail de fond sur les textes et le référencement local.
Combien de temps faut-il prévoir pour ce type de projet ?
Comptez le temps de préparation du contenu. Souvent le plus long., Puis une dizaine d'heures de production si vous êtes à l'aise techniquement, le double sinon. Sur ce projet, trois semaines se sont écoulées entre le premier rendez-vous et la mise en ligne, temps de relecture du client compris.
Vous hésitez entre un site généré avec l'IA, un WordPress classique ou autre chose ? Je peux regarder votre projet et vous dire honnêtement ce qui se justifie, ou pas. Écrivez-moi, on en parle.